dimanche 7 décembre 2008

La rue des communistes devient celle de Soljenitsyne : le Net divisé


Le 11 décembre, il aurait eu 90 ans. Et depuis la mort d'Alexandre Soljenitsyne en août 2008, les hommages à l'écrivain se multiplient en Russie. Ludmila Saraskina a été classé deuxième par le jury du prix Grand Livre pour sa biographie de l'auteur de « L'Archipel du goulag », le centre des écrivains russes à l'étranger va porter son nom, et au Manège, à Moscou, une grande exposition de photos célèbre sa mémoire.

Mais Dmitri Medvedev a voulu aller plus loin, en renommant par décret une grande artère de la capitale, Bolshaia Kommunistitcheskaia (« le boulevard du communisme ») en « rue Soljenitsyne ». Pourtant, la loi interdit de donner le nom d'une personne à une rue avant un délait de dix ans après sa mort. Le Net russe a vivement réagit.

Valery Paniushkine, journaliste reconnu, écrit ainsi dans le quotidien Vedomosti :
« L'école de ma fille se trouvait sur le Bolshaia Kommunistitcheskaia. Maintenant, elle se trouve dans la rue Alexandre Soljenitsyne. Une décision contraire à la loi, mais je n'ai rien contre.

C'est vrai que la rapidité de la décision rappelle l'époque soviétique, mais je considère que c'est une mesure juste. Chaque matin, j'accompagne ma fille à l'école et je regarde les ouvriers changent les plaques. Je vois ça comme le triomphe de la justice. »
Le photographe Youri Feklistov, dont les photos sont exposées au Manège, est d’accord avec Paniuchkine :
« C’est très symbolique. Pendant toute sa vie, Soljenitsyne a lutté contre le communisme, et c’est bien qu’on ait decidé de rebaptiser le Bolchaia Kommunistitcheskaia. »

Certains blogueurs ont été surpris en sortant du travail. Skazittel écrit ainsi :
« Hier, quand je suis rentré chez-moi, j'ai regardé par hasard le panneau de la rue Bolshaia Kommunistitcheskaia, où je travaille. Surprise ! Maintenant, c'est la rue Alexandre Soljenitsyne. »
Mais plusieurs personnes sont révoltées que le gouvernement bafoue ainsi les règles en vigueur. Meellaira Ahr compare même cette décision aux amendements récents de la Constitution russe:
« C'est aussi arbitraire que la décision de passer la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans ! »
Le blogueur Sir_satir y voit un choix qui ignore l'histoire russe: « On néglige les faits histoiriques et on reécrit l'histoire de sa propre manière. »

Tatiana Sintsova refuse elle aussi qu'une rue puisse porter le nom de Soljenitsyne :
« Ni au centre de Moscou, ni à sa périphérie, on a besoin d'une rue à son nom. A quoi bon d'offenser le peuple ? Je suis sûr que la plupart de gens ont de l'antipathie pour Soljenitsyne. »
Comme elle, certains Russes reprochent à l'écrivain d'avoir longtemps vécu à l'étranger, tout en continuer à prodiguer des conseils aux Russes. D'autres n'apprécient pas son oeuvre, jugée trop politique et pas assez littéraire.


Les communistes se révoltent aussi. Le blogueur Kommari écrit même :
« Quand nous vivions sur le Bolshaia Kommunistitcheskaia, nous espérions avoir un avenir. Désormais, nous allons vivre dans la rue Solzhenitsyne. Désormais, nous aurons toujours le passé, l'éternel, le sombre et le puant passé. »
Kosha-mikosha rappelle qu'un autre choix a été envisagé, celui d'une rue son village natal, Troitse-Likovo :
« Les experts de la Commission en ont décidé autrement : la rue est petite, et elle se trouve à la périphérie de Moscou. Aleksandre Solzhenitsyne a été une personne importante pour la culture russe, et il est normal qu’une belle rue au cœur de la ville porte son nom. »
Certains blogueurs en tout cas ne comprennent pas les critiques. Sarah Hanzharova défend la mémoire de l'écrivain :
« Soljenitsyne n’a fait rien du mal. Ecrivain, martyr, un vrai défenseur de l’etat. Tout le monde le respecte, quand mème ! »
Le blogueur Sergei Shatrovsky a une revendication plus radicale : il souhaite que le Bolshaia Kommunistitcheskaya soit renommé en l’honneur de Poutine et Medvedev !

D'autres ont des idées plus bucoliques : Ir_ingr estime que tout le monde est déjà fatigué de la politique. Et propose de choisir la rue Bleuet ou la rue Muguet.

Photos : dans l'exposition consacrée à Soljenitsyne, au Manège, à Moscou (Irina Vaague/Moscou89).
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Pour organiser sa marche, l'opposition à Poutine soigne ses démarches

Le 1er décembre, la mairie de Moscou a reçu deux demandes de manifestations : le 12, journée de la Constitution, les nationalistes sortiront dans les rues pour « La marche russe ». Et le 14, c'est l'opposition qui défilera pour « La marche des désaccords ».

Cette dernière date a été choisi en référence au 14 décembre 1825, date de la revolte des décabristes sur la place « Senatskaya », à Saint-Pétersbourg - tentative malheureuse de révolte contre le tsar Nicolas Ier, et pour la création d'une Constitution.

« La veille, nous avons passé la nuit devant la mairie, pour étre les premiers et ne pas donner aux autorités un prétexte pour nous refuser l'autorisation », raconte Alexandre Averine, porte-parole de Nazboli. Délégué permanent, Averine a l'habitude de ces démarches.
« On nous a déjà refusé l'autorisation de défiler parce que la place était déjà prise par des mouvements de jeunesse pro-Kremlin, comme « Nachi » ou « La jeune garde ». Une fois, ils ont sorti notre représentant par la force. Bien sûr, au jour dit, il ne se passe rien.»

En moyenne, les manifestations de l'opposition reunissent près de 2 000 personnes. Cette fois, les organisations attendent plus de participants, à cause de la crise economique et de la proposition d'allonger le mandat du President et Parlement par une réforme constitutionnelle.

L’administration moscovite refuse aussi d’approuver le parcours de la marche : la place du Triomphe, la rue Tverskaya, la place de la Revolution -les endroits les plus symobliques et les plus populaires de la capitale. Edouarde Glesine, un des sept coordinateurs moscovites du mouvement « Oborona » (en accord avec leurs règles internes, ils n‘ont pas de leader désigné) explique :
« Le seul quai Tarasa Schevtchenko ne nous suffit pas. Le Parti communiste a fêté le 7 novembre rue Tverskaya et place Teatralinaya. Les « Nachi » ont protesté le 2 novembre devant l’ambassade américaine. Il est évidant que les autorites cherchent à nous mettre des bâtons dans les roues par tous les moyens »
Depuis le 16 décemdre 2006, quand a eu lieu la première « Marche des desaccords » à Moscou, près de vingt actions se sont déroulées dans les grandes villes russes.

Parmi les slogans : « Nous avons besoin de L’autre Russie », « La Russie sans Poutine », « Non à l’Etat policier », « A bas le pouvoir des policiers ». La plupart de ces actions était interdites par les autorités, et s'accompagnait de nombreuses arrestations, réalisées par les Omon (des brigades de police spéciales). Souvent, les activistes ne parvenaient même pas à attenidre la place de la marche, interpellés par la police sur le chemin.

Sur ses sites ’Internet, l’opposition récolte des fonds en communiquant des numéros de compte bancaire à créditer, propose d'imprimer des tracts et des affiches, et publient des conseils sur la conduite à tenir avec les Omon et les bons réflexes à avoir en cas d’arrestation : "Si un policier vous arrête, vous avez le droit d'exiger son attestation de service et des explications sur les motifs d'arrestation."

La « Marche des desaccords » a été créé en 2006 et réunit plusieurs organisations et mouvements politiques dirigés par les liberaux russes, dont :
Kasparov et Limonov se sont dit prêts à rencontrer le maire, Loujkov, pour discuter. Mais si leurs démarches échouent, ils promettent de se passer de l'accord du gouvernement pour défiler.

Photos: La marche des desaccords - Arrestation d'un activites - Des participants à la marche (à gauche, Garri Kasparov) (nazbol.ru)
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samedi 6 décembre 2008

Perquisition musclée à Mémorial Saint-Petersbourg : le film de la journée

Le bureau du centre scientifique d’information de l'organisation de défense des droits de l'homme Mémorial à Saint-Pétersbourg a été perquisitionné jeudi.

Moscou89 publier le récit de la journée établi par une membre de l'organisation, Tatiana Morgacheva, qui se trouvait dans le bureau. Trois autres personnes étaient là, dont une jeune Allemande qui réalise un travail de recherche sur « le fonctionnement de la société civile en Russie ». Ce qu'elle a vécu ce jour-là pourra sûrement faire l'objet d'un chapitre supplémentaire.

Voici le récit de Tatiana Morgacheva, heure par heure :

12h10. Un groupe de personnes entre dans le bâtiment. Elles présentent des documents officiels et une autorisation de perquisition. Deux d'entre, masquées et munies de matraques, prennent position près de l'entrée.

12h15. L'équipe de Mémorial souhaite examiner les documents présentés. Refus. Un volontaire veut commencer à écrire, mais un des intrus lui prend la main et la tord. Les autres membres de Mémorial parviennent à le dégager. Aucune réaction de la part des officiels.

12h30 Aprés ayant fini la lecture du mandat, les officiels procèdent à la perquisition, bein que le nom de l'institution indiqué était incorrect.

Prétexte trouvé : les liens invoqués entre Mémorial et la revue Nouveau Pétersbourg, dont un numéro, paru au moment des élections, était titré « Voici le vrai candidat ».

Les deux cerbères à l'entrée repoussent sans ménagement les visiteurs et les membres de Mémorial, qui se présente. Ceux qui sont à l'intérieur sont mieux traités, mais on leur interdit de téléphoner.

12h35 Tatiana Morgacheva parvient quand même à appeler Irina Flige, le directeur de Mémorial, qui se trouve à Moscou pour une séance du conseil des membres de la société. Irina tente de conseiller Tatiana sur la conduite à tenir.

13h30 La perquisition continue. Les disques durs sont retirés des ordinateurs, à l'aide de canifs.

14h02 Contacté par Mémorial, l’inspecteur de police du quartier se présente. On lui demande de confirmer officiellement la perquisition. Il répond qu’il « ne confirme pas, mais ne dément pas ».

14h33 L'avocat de l'organisation arrive, mais les collaborateurs du procureur ne le laissent pas entrée.

14h50 La perquisition continue. Des documents financiers sont saisis, sans relation avec l'activité de Mémorial mais qui concernent le travail d'un collaborateur scientifique et l'organisation, Alexandre Margolis et l'organisation « le Fonds du sauvetage de Pétersbourg-Léningrad ».

Tatiana Morgacheva tente d'obtenir un inventaire des documents saisis, mais on le lui refuse. Le PV mentionne juste : « Cinq chemises de carton, un cahier et 47 pages ». Il sera difficile de le récupérer avec une liste aussi floue. Près de 900 cartes de visite d'Alexandre Margolis sont aussi confiquées (c’est Tatiana qui leur demande de les compter).

15h45. La perquisition se poursuite dans le corridor. Les collaborateurs passent en revue les papiers, sans y prêter beaucoup d'attention. Un collaborateur de Mémorial parvient enfin à examiner le mandat de perquisition et le lit par le téléphone à un collègue. Ce dernier prépare la publication de l'enregistrement sur Internet.

16h00 Les collaborateurs du procureur entrent dans la bibliothèque, mais ne la fouillent pas, ce qui surprend Tatiana Morgacheva, vu qu'ils sont censés rechercher des informations sur un journal. L'ordinateur de la bibliothèque n'est pas non plus examiné.

16h15 L'équipe de la chaîne de télévision TVC se présente, mais ne peut entrer dans les locaux.

16h30 On ouvre le cabinet du directeur et on sort le disque dur de son ordinateur. Néanmoins, les archives du Mémorial ne sont pas fouillées, ni l'ordinateur du secrétaire.

17h00 Les collaborateurs de ministère publique quittent le bâtiment. Ils expliquent que les documents et les stockages informatiques seront rendus « s'ils ne présentent pas d'intérêt pour l’instruction ».

Au final, quelles conséquences aura cette perquistion sur le fonctionnement de l'association ? Tatiana Morgacheva repond que des copies des documents saisis (qui représentent vingt ans de travail) existent à l'extérieur. Mais personne ne sait quand le matériel informatique sera rendu, s'il l'est un jour.

Le travail en cours, lui, est perdu pour le moment. Tatiana peut seulement supposer les raisons de cette perquisition:

« Peut être, qu'ils voulaient regarder de quoi nous nous occupons en ce moment. Mais tout ça complique notre travail.

On va s'occuper de déposer plainte auprès du chef du comité d'instruction de Saint-Pétersbourg, Lazarenko S. V, en exigeant que soit rendus immédiatement ce qui a été saisi, et de sanctionner les irrégularités commises au cours de la perquisition :
  • Le refus de dresser un inventaire. Ils nous ont répondu : « Nous ne le faisons pas, parce que nous n’avons jamais fait. »
  • Le refus de laisser entrer l'avocat et les dirigeants de Mémorial.

  • Les violences sur un des volontaires. »


Le bureau de Saint-Petersbourg n'est pas le seul à subir des pressions, explique Tatiana :
« Depuis un an, tous les bureaux du Mémorial du pays ont eu des problèmes. L'antenne de Kotlase a été fermée et il y a eu aussi des attaques de hackers sur le site de organisation. »


Dans un communiqué, Mémorial demande « le retour immédiat des documents retirés, qui n'ont pas et ne peuvent pas avoir de liens avec des publications « extrémistes ». Et prévient le ministère public de Saint-Pétersbourg que ces documents ont une grande valeur scientifique et qu'il porte « la responsabilité complète de leur intégrité »
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Sur les disques retirés, il y a des données sur les dizaines de milliers des victimes des répressions de Staline, recueillis par Mémorial depuis vingt ans et des documents uniques sur la terreur soviétique.

Anastasia Valeeva
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Avec la mort du patriarche Alexis II, le Kremlin perd un fidèle soutien

Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Alexei II est decédé vendredi matin après dix-huit années passées à ce poste, une période où les relations entre et le gouvernement et l’église orthodoxe étaient au beau fixe.

Boris Eltsine, qui a pourtant fait carrière au la Parti communiste, avait relancé la tradition de coopération entre l'église et le pouvoir. Le 7 juin 1990, le président russe félicitait ainsi Alexis pour son l’élection sur la fonction de patriarche et depuis, aucune fête orthodoxe ne se passe sans que les deux personnalités ne posent ensemble pour la photo. Alexis II a pu obtenir la propriété des biens de l'Eglise, que le régime communiste avait exproprié.

Un soutien enthousiaste au duo Poutine-Medvedev

Pour Vladimir Poutine aussi, miser sur la religion orthodoxe est un bon moyen de promouvoir l'unité nationale (les orthodoxes représentent 70% de la population).

En novembre 2007, Alexis II a ainsi offert au président Poutine une haute décoration de l’Eglise orthodoxe russe (l'ordre de la gloire et de l'honneur), « pour son grand travail de consolidation de l’Etat russe, et la renaissance morale et spirituelle de la société russe ».

Toutes les chaînes de télévisions fedérales montrent ainsi les céméronies de la Pâques orthodoxe dans la cathédrale du Christ-Sauveur, en s'attardant sur le président entouré de bougies. Pour Noël, ce dernier visite aussi des édifices religieux plus modestes en région.

Mais l'engagement de l'église orthodoxe russe et de son patriarche est allé plus loin. Ainsi, en decembre 2007, Alexis II a soutenu le projet de Poutine de devenir Premier ministre à l'issue de son second mandat à la présidence (la constitution ne lui permettant pas de se représenter).

« On attend que vos exploits continuent »

Dans une interview à la chaîne NTV, Alexis II soulignait que cette maneouvre permettrait à Poutine de garder le cap tenu pendant les huit ans passés à la tête du pays. Selon le patriarche, le lien entre le son successeur Dimitri Medvedev et le nouveau Premier ministre était une bonne chose pour la Russie. Il a d'ailleurs béni les deux hommes après leur victoire aux élections.

Lors de la dernière Paques orthodoxe qu'ils ont fêté ensemble, Poutine et Medvedev étaient encore, avec leurs épouses, dans la grande cathédrale détruite par Staline et reconstruite dans les années 90. Alexis II a présenté à chacun le kulitch (le pain pascal), en leur adressant ses félicitations : « Tous les deux, on attend que vos exploits continuent et que vous continuez à servir votre pays. »

Il est bien fini, le temps où le Kremlin rejetait la religion. La période soviétique a en effet vu la rupture des relations entre l’Eglise et les autorités. A partir de la révolution de 1917, les persécutons contre les religieux se multiplient, et dès 1918, l'Eglise est séparée de l'Etat par décret officiel. Les mariages étaient alors prononcés par des fonctionnaires.

Photo : Vladimir Poutine et Alexis II (DR). Lire la suite

A la télévision, le festival de mauvaises blagues de Vladimir Poutine

« Qu’est-que vous aimez de plus ? » C’était la dernière question posée au Premier ministre russe Vladimir Poutine jeudi, 4 décembre, lors de son intervention télévisée sous forme d'échange avec des citoyens lambda. « La Russie », a-t-il sobrement répondu.

On comprend que le leader russe aime un pays où l'on trouve des citoyens qui ont assez de sens de l'humour pour poser ce genre de question, prêts à jouer le jeu du pouvoir en pleine crise économique, alors que le chômage augmente et que tout le pays travers une période difficile.

Le même cérémonial s'était tenu l’an dernier, et une femme qui avait appelé s'était contentée, en entendant sa voix au téléphone, de le remercier « pour tout », avant de raccrocher.

Jeudi, on a pu constater que les conseillers de Poutine, désormais Premier ministre, ont travaillé sur un scénario un peu plus élaboré, avec des questions plus surprenantes. Alors que les fêtes du Nouvel An, fêté importante pour les Russes, approchent, le thème principal était tout choisi.

Poutine a ainsi assuré que les Russes n'auront pas à sacrifier leur traditionnel arbre de Noël à cause de la crise financière : « J’espère que tous ceux qui veulent acheter des sapins pourront le faire ». Avant de souhaiter un joyeux Noël à ses concitoyens.

La petite Dasha aura un cadeau à Noël

Poutine n'a pas précisé ce qu’il donnera à sa famille, mais il s'est déjà engagé à « résoudre » le problème le problème de Dasha, une petite fille de la république de Bouriatie privée de cadeaux cette année, en l'invitant à Moscou pour les fêtes.

Bonne idée, monsieur le Premier ministre, mais que faire pour les milliers d'enfants, qui, comme Dasha, n'ont pas d’argent pour acheter des robes ou des jouets, mais qui n'ont pas participé à votre beau scénario ?

Il faut dire que Poutine n'est lui-même pas touché par ces problèmes-là: pour son anniversaire dernier il a reçu un cadeau extraordinaire : un petit tigre. Le destin de cette animal a été très discuté déjà, jusque dans l'émission de jeudi.

Poutine a expliqué que le tigre est en très bonne santé, dans le zoo de Krasnodarsky Krai. Mais selon le quotidien Moskovsky Komsomolets, qui a téléphoné à tous les parcs animaliers de la région, le tigre n’est pas là. « Fille » (le surnom de l’animal) attend peut-être le Premier ministre calmement à la maison.

Poutine veut toujours
« pendre » le Saakaschvili

Soyons justes : pendant l'émission, Poutine a aussi abordé des sujets plus sérieux, avec son vocabulaire qu'on sait fleuri, fustigeant notamment « les idiots » qui ne comprennent pas le mal qu'il font aux Russes.

Les relations entre la Russie et Georgie ont reçu le même genre de traitement, en plus trivial encore, grâce à question d’un autre fan de l'ex-Président. Ce dernier lui a demandé de confirmer une déclaration rapportée par des médias français, selon laquelle Poutine voulait pendre le président Saakashvili par un endroit particulier? « Pourquoi par un seul endroit ? », avant de comparer l'intervention des troupes russes avec l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis.

Mieux vaut rire que de s'expliquer

Apres trois heures d'émission, Poutine a décidé qu’on pouvait s’amuser davantage : il a choisi (enfin, lui ou ses conseillers) des questions reçu par SMS. Les voici :
- « Est-il vrai que le pays va devoir émettre de nouvelles devises ?
- N’importe quoi.
- Qu’est-que vous en pensez des bains russes ?
- J’aime tout ce qui est russe. » (Ecouter le son, en russe)
tilidom.com
- « Où allez-vous fetez le Nouvel An ?
- A la maison.
- Vous etez romantique ?
- Un peu.
- Quand y aura-t-il de la neige ?
- C’est la volonté de Dieu.
- Quel regard portez-vous sur le bordel qui commence dans le pays avec les élections ?
- De quel pays parlez-vous ? »
Rire, c’est bien sûr mieux que pleurer. Mais finalement, les choses les plus drôles et les plus difficiles à croire ont elles été prononcées très sérieusement : les garanties données sur le système social, la hausse des retraites, l'amélioration de la formation, de la politique de santé, la baisse du chômage, la hausse des salaires, la croissance économique. (Ecouter le son)
tilidom.com
Dans les institutions de l’Etat, monsier Poutine, on s’amuse bien, n’est-pas ?

Tania Kopalkina

Illustration : photomontage à partir du portrait officiel de Vladimir Poutine
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L'interdiction de la « culture orthodoxe » à l'école enflamme les blogs

Les autorités de Penza, dans le district de la Volga, a interdit l'introduction de la « culture orthodoxe » dans les programmes scolaires des écoles, mesure qui était en cours d'expérimentation dans la région. Les fonctionnaires à l'origine de cette initiative devront payer une amende administrative.

La nouvelle a vite fait le tour du web, reprise par les médias officiels puis par les blogueurs. L'idée d’enseigner la religion dans les écoles du pays n'est pas nouvelle, mais la décision du procureur a relancé le débat.

Sur la plate-forme de blogs très populaire en Russie Livejournal.com, Rw_scorp estime par exemple que la religion doit rester une affaire privée :
« Je trouvais toujours que les questions liées à la religion appartiennent à chacun, sans que des étrangers s'en mêlent. C'est pourquoi je suis très heureux de cette nouvelle. »
Dans la communauté "anticléricalisme" de Livejournal.com, Fyodorrrrr ironise :
« Enfin, les autorités ont fait leur travail. Dans la région de Penza, célèbre pour ses sectes qui se réfugient dans les cavernes, c'est vraiment une bonne chose. »
Le blogueur Tiorn pense que "peut-être, cette décision obligera les activistes trop zélés de l’Eglise à réfléchir un peu plus avant d'utiliser les ressource publiques à des fins anticonstitutionnelles".

Le projet expérimental a été lancé il ya un an, quand l'archevêque de Penza et de Kouznetsk, Le Filaret, a réclamé l'enseignement des bases de l'orthodoxie dans toutes les écoles de la région. En réponse, l'administration locale s'est montrée très active. En particulier le chef du service de la formation du district, Eugeny Kadadov, qui a ordonné le début de l'expérimentation.

Mais début septembre, la communauté musulmane locale, le mufti Abbas Bibarsov en tête, se sont adressés au procureur de la région de Penza, Valery Koshlevsky, dénonçant l'illégalité de la mesure. Eugeny Kadadov, sans attendre les résultats de la procédure, a quitté son poste "pour convenances personnelles".

La sévérité de certains blogueurs s'explique par la déclaration du chef du service de presse du patriarcat de Moscou Vladimir Vigiljanskii. « Moins il y a de culture orthodoxe dans la région, plus il y a d'obscurantisme », a-t-il ainsi commenté, ajoutant que ces restrictions pourraient mener à l'apparition dans la région de nouveaux mouvements sectaires, qui attendront la fin du monde dans des grottes.

Le blogueur Margelov s'insurge :
"Qu'est-ce qu'une personne tirant de telles conclusions peut apprendre à des enfants ? Ça m’embête, ce goût pour "l'orthodoxie autocrate".

Il est clair qu'avec l'aide des religions, il est beaucoup plus facile de diriger le peuple, mais il est temps de comprendre qu'on n’est plus au Moyen Age. Inventez quelque chose de nouveau ».
La discussion animée et parfois agressive s'est poursuivie sur le web, tournant parfois aux injures, notamment à propos des signes nationaux et religieux. Voila ce que Garden vlad écrit dans son blog :
« Les enfants russes peuvent bien regarder Dom 2 [une émission de télé-réalité controversée, ndlr], mais pas faire connaissance avec les bases de la culture. Les gens russes doivent être des animaux sans famille, ne connaissant ni la culture, ni l'histoire, ni la foi de leur peuple.

C'est le signe de l'installation d'un régime tchékiste est évidente, qui mènera à son terme la dénationalisation de la population russe commencée par les Bolcheviks »
Mais l'une des participantes de la forum "Espace ouvert" du site de la Novaïa Gazeta ne voit pas ce qu'il y a de si terrible à l’enseigner la religion à l'école :
« Finalement, c’est la famille la plus grande influence sur la formation de la personnalité de l'enfant. Eh bien, qu'à l'école on lui raconte le Christ, et qu'il fasse connaissance chez lui avec l'islam, le bouddhisme, le kantisme ou le marxisme-léninisme, ce que vous voulez...

Le plus important : apprenez-lui à penser tout seul, à faire des conclusions et à s'intéresser aux choses au-delà des cadres du programme scolaire. »
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vendredi 5 décembre 2008

Projet d'amnistie : l'une pourrait sortir de prison, l'autre pas



Comme toutes les mères, Anna Mikhailovna raconte que sa fille est belle, gentille et généreuse. Elle s’appele Inna, et elle a 24 ans. Comme toutes les mères, Anna Mikhailovna regrette de n'avoir pas pu assez protéger sa fille.

Elle commence à pleurer quand elle se souvient de la raison de son absence - sa fille est en prison, et elles ne peuvent se voir qu'au parloir. Anna n'est pas concernée directement par le projet d'amnistie des prisonniers : Inna n'est ni malade, ni enceinte. Mais elle suit de près son évolution.

Anna Mikhailovna a souvent dit à sa fille qu'elle n'aimait pas son petit ami Sergei. « J'ai toujours pensé qu’il n’est pas très fiable », comme elle me l'a répété pendant toute la conversation. Et elle savait pas l'essentiel : Sergei est toxicomane, et Inna a tenté de le sortir de la drogue pendant trois ans.

Souvent, il a promis de décrocher, mais il n'a jamais tenu parole. Inna a connu tous les dealers du marché de Cherkizovskiy, même ceux qui vendent de la drogue dans des boulangeries.

Mère d'un petit garçon, Katya pourrait être amnistiée

L'histoire s'est mal terminée : Sergei était connu des services de police, classé comme élément antisocial. Mais c'est finalement c’est sa copine Inna qui a été arrêtée a sa place. Les policiers se sont faits passer pour des trafiquants, et, au domicile de Sergei, ils n'ont trouvé qu'Inna et la drogue qui était cachée.

En prison, la jeune fille piégée écrit à sa mère, commentant le projet d'amnistie pour les prisonniers qui est débattu en ce moment : sa codétenue Katya a un fils, âgé de 5 ans, ce qui pourrait lui permettre d'être libérée avant la fin de sa peine. Inna explique qu'elle est à la fois contente pour Katya, et aussi un peu jalouse.

Anna Mikhailovna explique que le président de la Douma Boris Gryzlov a expliqué qu'il envisageait « une amnistie en avril ». Le projet marquerait alors le 100e anniversaire de la Douma d'Etat. Quatre projets sont examinés par un commission, qui prévoient tous l'amnistie des femmes avec des enfants mineurs. Ce qui explique que Katya espère être bientôt libre.

La radio Echo de Moscou a calculé que la mesure concernerait au total entre 12 000 et 13 000 personnes : mineurs, personnes proches de l'âge de la retraite, femmes enceintes et mères d'enfants mineurs.

« Pourquoi pleures-tu ? Je suis vivante ! »

Dans les lettres, Inna raconte Anna comment Katya doit calmer sa propre mère quand elle vient lui rendre visite : « Pourquoi pleures-tu ? Je suis vivante ! Et peut-être que je serai bientôt avec toi et avec mon fils ! »

Katia a été condamnée à huit ans de prison et pour trafic de drogue. Dans sa voiture, la police a retrouve un kilo d'héroîne. Son mari était au volant, et l'a persuadée de tout prendre sur elle : « Tu est une femme, et en plus enceinte, ils ne te garderont pas longtemps »

Elle a obéi sans poser de questions. Son premier fils Vitya est né en prison. Son mari ne vient jamais aux rendez-vous, et personne ne semble savoir où il se trouve. La mère de Katya éduque le petit Vitya, mais les deux femmes espèrent pouvoir s'en occuper ensemble. Bientôt.

Photo : b1ur/Flickr.
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Décès d'Alexis II, patriarche de Moscou et de toutes les Russies

LE FIL ROUGE Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Alexis II, est décédé vendredi à l'âge de 79 ans. C'est ce qu'a annoncé le service de presse du patriarcat.

« Le saint patriarche est décédé des suites d'une longue maladie dans sa résidence de Peredelkino (près de Moscou) dans la matinée », a précisé le chef du service de presse, Vladimir Viguilianski, cité par les agences russes.

Alexis II, de son vrai nom Alexeï Mikhailovich Ridige a été élu à ce poste en 1990, devenant le 15e à occuper cette fonction depuis l’établissement du patriarcat en Russie en 1589. Il est né en 1929 à Tallinn, où son père était prêtre.

Photo : Alexis II (DR). Lire la suite

Les Moscovites découvrent « Entre les murs », surprenante Palme d'or française


L'avant-première du film de Laurent Cantet Entre les murs, qui a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes 2008, est passé hier à Moscou. Le groupe Cinéma sans les frontières a présenté le drame, rebaptisée Klass (« une classe ») dans la salle du cinéma Formoula Kino Gorizont. Le public nombreux témoignait de l’intérêt des spectateurs russes pour cette plongée dans le quotidien de l'école française.

Entre les murs était au départ un roman, le troisième signé de François Bégaudeau, qui joue aussi le rôle principal du film. Francois est un professeur de français dans un collège d'une Zone d'éducation prioritaire (ZEP), dans le XXe arrondissement de Paris. Il s'efforce d'enseigner la littérature à des élèves d'origines multiples.

Non sans difficultés, face à des ados qui sont presque tous issus de l'immigration, et préfèrent souvent protester et argumenter avec l'enseignant, plutôt qu'apprendre. Et vont parfois jusqu'à se confronter durement avec leur enseignant, ce qui menace son autorité. (Voir la vidéo)



Mais qu'on pensé les spectateurs russes de ce drame social? Pour Irina, 30 ans, le système scolaire russe tient la comparaison :
« C'est presque un documentaire sur les problèmes d'un collège français, qui sont différents des nôtres. Et c'est difficile pour nous de les appréhender, d'éprouver de la la compassion. Mais on comprend que le film ait reçu des récompenses.

J'ai tendance à penser que nos méthodes d'enseignement sont plus justes. Mais nous avons d'autres problèmes. »
Ismail, 30 ans, connait déjà l'oeuvre du réalisateur :
« Laurent Cantet est un très bon réalisateur français, très original. « Entre les murs » m'a rappelé son précédent long métrage, Timeout. C'était un drame fin, qui serrait le coeur, sur un looser qui voulait s'en sortir. Un film mélancolique et de bonne qualité, pour les soirées d'hiver. »
Alina, 23 ans, décrit le public ciblé par le film, selon elle :
« Ce film est étrange, un peu comme It's a Free World [de Ken Loach, ndlr]. Il faudrait forcer les amateurs de cinéma intello à aller le voir. »
Sergei, a apprécié l'interprétation de François Bégaudeau :
« Le personnage principal de ce film est surprenant, parce qu'il est garde son sang froid tout au long du film. On a plutôt l'habitude de voir des héros de cinéma plus bizarres, plus fous. »
Le film a fait réfléchir Nikolai sur les questions d'immigration, en France et en Russie :
«Le film est excellent. Je pense que les problèmes dans les collèges français et la coexistence des groupes d'origines différentes sont excessivement complexes.

Je pense que la législation migratoire doit être améliorée. Elle doit être plus sévère. Les autres groupes sont obligés de faire avec les normes et les traditions venues d'ailleurs, comme avec les musulmans en France ou les Russes en Lettonie. »
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jeudi 4 décembre 2008

Comment je n'ai pas pu assister au procès Politkovskaia

Сinq journalistes de la presse étrangère sont debout près du tourniquet. Trois Espagnols, un Allemand et moi, venue mercredi couvrir le procès des complices de l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa pour Rue89. L’attaché de presse du tribunal militaire de Moscou nous a proposé d’attendre un peu, puis a disparu.

Les secondes passent comme des heures. "Je viens ici chaque jour, mais aujourd'hui, on ne me laisse pas passer aujourd’hui", dit le journaliste de l'hebdomadaire Die Zeit. Sa confrère espagnole est elle optimiste: "On va me laisser passer, c’est sûr.".

L’attaché de presse ne descend pas. Puis le gardien nous annonce qu’il y a plus de places dans la salle. "Mais c’est injuste", s'exclame la jeune femme. "A quoi bon assister aux audiences, c’est très ennuyant", répond le gardien.

Des complices, mais pas d'assassin ni de commanditaire

Le procès autour du meurtre d'Anna Politkovskaia qui a commencé le 19 novembre 2008, a ses particularités. On juge les complices supposés de l’assassinat, mais on ne peut pas trouver et arrêter l’assassin; on a annoncé que le procès serait public, mais on ne laisse pas passer les journalistes avec les cameras, les appareils photo et la plupart de reporters étrangers.

Le mercredi précédent, j'étais dans la même pièce, cette fois comme assistante d'une équipe de France 2, et on ne nous a pas non plus laissé passer. Une foule de cameramans et des journalistes de télévision se massait dans le hall du tribunal.

Les derniers arrivés ne voyaient rien et ont fini de monter sur un banc qui se trouve près du mur. Du hall, on ne voyait que l’escalier couvert de tapis rouge. Chaque personne qui passait par cette escalier suscitait une agitation énorme: "Filme vite, peut-être cette personne va nous dire quelque chose concernant le procès!" Les fonctionnaires qui descendaient s'enfuyaient tout de suite, en jetant des regards effrayés aux journalistes.

Une journaliste qui couvrait la Tchétchénie et le Daguestan

Ces derniers sont venus ici pour faire leur travail, mais aussi pour rendre hommage à une confrère admirée. Diplômé de la faculté de journalisme de l'université d'Etat de Moscou (celle où j'étudie moi-même), Anna Politkovskaia a travaillé en presse écrite. Pour le journal russe Novaïa Gazeta, elle a fait des reportages en Tchétchènie et au Daguestan, où elle a couvert la prise des otages à l'école de Beslan en 2004.

On a d'abord tenté de l'empoisonner pendant un voyage en avion. Trois ans plus tard, le 7 octobre 2006, on l'a tué près de sa maison à Moscou.

Onze personnes figurent parmi les suspects de ce crime. Mais seulement quatre ont été accusés: Ibragim et Djabrail Mahmudov, Sergey Hagikurbanov et Pavel Riagusov. Les frères Mahmudov sont accusés d'avoir aidé l'assassin, Hagicurbanov d'avoir fait les intermédiaires entre le tueur et le commanditaire, et Pavel Riaguzov d''avoir fait chanter la journaliste.

"Je crois que mes enfants ne sont pas coupables"

Selon Vera Tchelicheva, journaliste de Novaïa Gazeta qui a, elle, pu assister à l'audience de mercredi, la cour a évoqué de la culpabilité des frères Mahmudov. Les poils qu’on a trouvé sur le pistolet sont les mêmes que ceux d’un fauteuil de la voiture Vaz 2104 qui a appartenu aux frères Mahmudov. On a interrogé qautre temoins, mais les propos de deux d'entre eux, parents des accusés, ne sont pas recevables juridiquement.

"Je ne sais pas qu’est ce qu’il faut faire pour obtenir une justice, mais je crois que mes enfants ne sont pas coupables": Zalpa Mahmudova, la mère des frères Djabrail et Ibragim Mahmudov assiste à chaque séance du procès. Elle a six enfants et trois d’eux sont accusés. On suppose que le troisième, Ruslan Mahmudov, qui se cache à l’etranger, est l'assassin. Les journalistes se détournaient pour ne pas regarder la mère, son visage souffrant et ses yeux désespérés.

Ce mercredi, l'audience s'est déroulée dans le calme. Une semaine auparavant, la question du maintien ou non du juge chargé du procès agitait les esprits. Le 25 novembre, le procureur a en effet demandé la récusation de Vladimir Zubov parce qu’il avait destitué l’un des jurés. Ce dernier, Evgeniy Kolesov, avait osé démentir la déclaration du juge, qui avait expliqué que les jurés insistaient pour que le procès se tienne à huis clos.

Après une heure de suspens, on apprenait que Vladimir Zubov continuerait à diriger les débats."Ce n'est pas étonnant, le juge devait décider lui-mème, s'il restait ou non", explique Vera.

"Si ça continue comme ça, le procès va durer six mois!"

Mercredi, Vera a aussi remarqué que les avocats étaient agités, particulièrement Murad Musaev, avocat des frères Mahmudov, qui se distingue par son franc-parler. Il a notamment expliqué à la journaliste de France 2: "Si nous menons toutes les séances comme celle d'aujourd’hui, le procès va durer six moix", a declaré Murad Musayev.

Son collègue Valerii Tchernikov a dit qu’il n'a absolument pas compris la position du ministère public. "D’abord le procès était à huit clos, puis le juge a annoncé qu’il sera public…" "Maintenant, les journalistes de la presse écrite peuvent assister aux séances, donc, tout va bien", déclare Tchernikov en nous souriant ironiquement.

A ma question concernant le vrai assasin de Politkovskaia, Vera a repondu: "Vous voulez savoir ce que je pense? On a trouvé ni l'assassin ni le commanditaire de ce crime. Mais le procès continue, et si on continue, ça va peut-être porter ses fruits".

Les reporters ne sont pas les seuls à s'intéresser à ce procès sans pouvoir entrer dans la salle d'audience: "Ce procès est examiné à la loupe par le pouvoir présidentiel", affirme Zoya Svetova, journaliste de Noviye Izvestia. Mais ce ne seront plus les journalistes qui les informeront du déroulement des débats: jeudi, a cour finalement décidé le huis clos.


Daria Krayushkina

Photo: Anna Politkovskaya en 2004 (Tatyana Zelenskaya/Wikipedia).
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Le procès Politkovskaia désormais à huis clos

le fil rouge Les audiences du procès des complices de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaia se tiendront désormais à huis clos. Raison invoquée par les procureurs, qui ont déposé cette requête: le secret d'Etat. La cour a accepté cette requête ce jeudi.

Depuis le début du procès, les autorisations d'assister aux débats étaient distribuées avec parcimonie: télévisions, radios et correspondants étrangers se voyaient privés d'accès. A lire bientôt sur Moscou89, le reportage sur les lieux de Daria Krayushkina.

Anastasia Valeeva
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